vendredi 29 février 2008 / "le Patriote"
Ce doit être la proximité de la Principauté de Monaco qui veut ça ou le poids de ses liens historiques (Menton faisait partie de la Principauté) : Jean-Claude Guibal, député-maire de Menton, règne littéralement sur l'extrême Est du département.
Cet Énarque de bientôt 67 ans, très avenant, a été élu à la tête de la cité des citrons en 1989, succédant ainsi au général Aubert, puis député de la quatrième circonscription en 1995. Il est aussi président de la Communauté d'agglomération de la Riviera française. Il briguera aux élections municipales son quatrième mandat.
UDF en 1989, il est passé en 1997 au RPR en mettant totalement la main sur sa section locale. Une man½uvre habile qui lui a permis de s'attribuer l'investiture aux dépens du député RPR sortant et maire de Cap d'Ail, Xavier Beck. Il a finalement adhéré à l'UMP en 2002.
S'il se défend d'en avoir eu, ses prétentions nationales ont régulièrement été bloquées par ses mauvais choix en matière de politique politicienne (plutôt Balladur que Chirac, plutôt De Villepin que Sarkozy). Ce qui lui vaut d'entretenir des rapports tout juste cordiaux avec l'homme fort du département, Christian Estrosi. Cependant de par ses liens qu'il a tissé au Moyen Orient, il a récemment accompagné Nicolas Sarkozy lors d'un voyage dans les pays du Golfe. Sur le plan départemental, sa première adjointe, qui est également son épouse à la ville, Colette Giudicelli joue un rôle important en tant que première vice-présidente du Conseil général. C'est d'ailleurs ce cumul de mandats (Colette Giudicelli était même conseillère régionale avant d'être contrainte par la loi de démissionner) qui est souvent reproché au couple.
Sur le plan local, Jean-Claude Guibal n'en est pas à un paradoxe près. Libéral, il a rapidement fait sous-traiter les cantines, le ramassage et le traitement des ordures ménagères ou encore les transports. Pour autant, sa méthode de gestion de la commune est très partisane et laisse peu de place à la concertation.. Rien n'échappe en effet à sa coupe. Que ce soit sur le plan culturel, sportif, social et surtout économique :: tout doit passer par lui. La moindre contestation en ville et les foudres de la mairie s'abattent. En témoignent les candidats qu'il a mis en place face aux élus locaux qui ne font pas allégeance, à l'image du turbulent, et pourtant UMP, maire de Roquebrune Cap-Martin. Une méthode qui a cependant porté ses fruits sur certains dossiers d'importance comme la station d'épuration ou encore de nombreuses opérations d'embellissement de la cité.
Néanmoins, il reste beaucoup plus discret quant à la construction de logements sociaux. Le droit de préemption renforcé dont il dispose n'est que très rarement utilisé et les promoteurs ont eu beau jeu de réaliser depuis 20 ans à Menton moult programmes luxueux. Les actifs, et plus généralement les personnes aux revenus modestes, n'ont désormais plus d'autre solution que de s'expatrier.
Les jeunes ne sont pas non plus à la fête. Alors que Menton disposait dans les années quatre vingt dix de plusieurs quartiers très vivants, avec de nombreuses terrasses de bar et de boîte de nuit, il n'existe plus que de beaux logements achetés par des Italiens fortunés, et vides les trois quarts de l'année. En fait, seuls les projets de luxe (un complexe quatre étoiles dans le quartier de Garavan) ou de prestige sont admis (une antenne de Sciences-Po Paris a été créée).
La ville, il est vrai, s'est beaucoup améliorée. Elle est plus propre, plus sûre. Un superbe village de vacances où les jeunes, les actifs, les seniors peu fortunées et surtout les SDF (aucun accueil de nuit, alors que cet aménagement est réclamé par les associations depuis des années) n'ont pas le droit de cité.
Une cité qui devrait, sauf énorme surprise, tomber pour six années supplémentaire sous l'emprise de Jean-Claude Guibal et de son épouse. Un règne qui ne semble pas prêt de s'achever...
J-M.C. et S.P.
http://www.le-patriote.info/spip.php?article1332
